A quoi bon essayer de changer le monde, puisqu'il va péter ?
Optimiste, tu crois que si chacun fait un petit effort de son côté, tout va aller mieux. Recyclons nos déchets, soyons contre la mondialisation, manifestons contre cette immonde société qui compte plus d'exclus que d'intégrés dans son moule à haine idéalisé.
Seulement, ça intéresse qui de se faire chier à trier des choses usagées, de se priver de ce que les autres ont, d'avoir la réputation de sale original, d'écolo de service ; qualificatifs devenus synonymes de « rabat-joie » ? Personne. Alors
tais-toi et subit. C'est la meilleure chose à faire dans ta société fermée et capitaliste à souhait.
De toute façon, tu n'es que l'acteur de l'illusion dérisoire qui te sert de misérable vie ; tu ne sers à personne ; et si tu mourais, ce serait simplement le cycle naturel du petit consommateur, on s'en remettra, on se relèvera, tu vois bien qu'ici on se relève de tout même des chutes sans fond.
Le fonctionnement mondial consiste en une manipulation généralisée, et tu le sais.
C'est humain, c'est normal.Alors arrête de te casser la tête sur les moyens d'améliorer le monde, puisqu'on va arriver a le détruire en moins de temps qu'il n'en faut pour dire : « Je ne m'étais jamais rendue compte que les gens préfèrent acheter un magazine people plutôt qu'un porte clef
CAP 48. ».
Il peut t'arriver quelques fois de tomber par hasard en zappant à la télévision, maîtresse de ta vie, sur des images d'enfants du tiers-monde mourant de faim : en général, ces documentaires sont interdits aux gosses, autorisés à passer entre 03h22 et 03h30 uniquement, histoire d'être sûr que personne ne tombe dessus ; même si, de toute façon, de telles mesures ne sont pas nécessaires puisqu'
on s'en fout, c'est bien moins intéressant que Greg qui va embrasser Jenny dans la rediffusion de l'épisode 142 du feuilleton de l'été.
Le bonheur de la plupart a l'air de s'être constitué en un encroûtement dans une routine quotidienne. Les autres s'étoufferont tous dans leur vomit et ce sera la fin.